Coronavirus : les grandes compagnies européennes volent sans visibilité

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Réunis à Bruxelles pour élire Benjamin Smith à la présidence de leur association A4E, les dirigeants d’Air France-KLM, Lufthansa, IAG, Easyjet et Ryanair ont reconnu naviguer à vue, au gré des développements du coronavirus. Si aucun n’est épargné par la baisse de la demande, personne n’est encore en mesure de quantifier l’impact de la crise, qui dépendra de la durée de l’épidémie.

Difficile de parler d’autre chose que du coronavirus quand on est dirigeant de compagnie aérienne européenne.

Les patrons de Ryanair, Easyjet, Lufthansa, IAG et Air France-KLM en ont fait l’expérience ce mardi matin.

Réunis à Bruxelles pour élire Benjamin Smith à la tête de l’association des compagnies européennes Airlines for Europe (A4E), la fine fleur du transport aérien européen s’est efforcée d’évacuer aussi vite que possible les questions relatives à l’impact de l’épidémie, pour en revenir aux thématiques habituelles du secteur, telles que la réduction des émissions de CO2, l’augmentation des taxes et le coût exorbitant de l’inefficacité du contrôle du trafic aérien en Europe.


Un surcoût de 37 milliards d’euros


Un coût évalué à 17,4 milliards d’euros par an pour l’économie, d’après une étude réalisée par une équipe de l’université de Bergame pour le compte de l’association.

D’après cette étude, les lacunes de la construction européenne en matière de transport aérien, incluant les différentes taxes nationales (pour 16,7 milliards d’euros), la réintroduction des contrôles aux frontières et le manque d’encadrement des redevances aéroportuaires, ajoutées au morcellement du système de contrôle aérien, représenteraient un surcoût total de 37 milliards d’euros pour les compagnies et l’économie de l’Union européenne.

Autant de sujets de discussions entre les compagnies aériennes, les Etats et l’Union européenne.


Préserver les précieux slots


Cependant, actualité oblige, la première demande formulée par Benjamin Smith au nom d’Airlines for Europe concerne l’épidémie de coronavirus.

Après l’Association du transport aérien international (IATA) la veille , le président de A4E a lui aussi demandé aux autorités européennes de bien vouloir suspendre les règles européennes relatives aux créneaux horaires aéroportuaires – les précieux « slots » – afin de permettre aux compagnies aériennes d’adapter leur offre à la baisse du trafic.

La réglementation européenne oblige en effet les compagnies à utiliser au moins 80 % des créneaux horaires qui leur ont été attribués dans les aéroports les plus demandés, sous peine de se les voir retirer.

Une règle guère conciliable avec les nombreuses suspensions de ligne et annulations de vols déjà annoncées par plusieurs compagnies aériennes, sur l’Asie mais aussi en Europe.


Dans l’attente des chiffres de trafic


Pour l’heure, cette requête n’a reçu qu’une réponse prudente du directeur en charge des transports à la Commission européenne, Heinrik Hololei. « Nous avons besoin de plus de données chiffrées [sur l’impact réel de l’épidémie NDLR] », a-t-il expliqué.


Or, pour l’heure, aucune compagnie n’est encore en mesure d’avancer une estimation chiffrée de l’impact de l’épidémie.

 « Nous n’avons pas encore vu le plein impact », a souligné Benjamin Smith.

« La situation évolue très vite, a remarqué son homologue d’IAG, Willie Walsh.

A la baisse du trafic sur l’Asie, se sont ajoutées, ces derniers jours, les restrictions sur les voyages d’affaires imposées par les entreprises et l’annulation de nombreux événements ».

Tout dépendra de la durée de la crise.

Selon le patron de Ryanair, Michael O’Leary, « les gens se lasseront des histoires de coronavirus d’ici deux ou trois semaines » et l’impact restera très supportable pour les compagnies bien portantes comme… la low cost irlandaise.

« Pour l’heure, il n’y a pas de vague d’annulation sur les vacances de Pâques » et le niveau des réservations pour l’été est « solide », a-t-il affirmé.


Quid des canards boiteux ?


Benjamin Smith s’est montré plus prudent. Si le directeur général d’Air France-KLM considère, lui aussi, que la réaction du public à l’épidémie a été amplifiée par le traitement médiatique et les réseaux sociaux, Ben Smith estime néanmoins que cette crise pourrait accélérer la consolidation du transport aérien en Europe.


Une perspective qui ne serait pas pour déplaire à Willie Walsh.

Selon le patron d’IAG, le coronavirus ne doit pas servir d’excuse à certains transporteurs déjà mal en point pour demander des aides d’Etat.

La compagnie régionale Flybe , qui ,espère une aide du gouvernement britannique mais aussi Alitalia , qui vient d’obtenir un nouveau prêt-relais de Rome, et même Norwegian , qui a bénéficié d’un coup de pouce de la banque norvégienne DNB, ont dû avoir les oreilles qui sifflent.

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